jeudi 14 octobre 2010

'In trouble"

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Un cyclo chinois croisé à Sumxi nous avait indiqué un checkpoint militaire à l'entrée d'Ali. Nous campons donc qqs kilomètres avant la ville, et traversons vers 4h du matin. Les rues sont plutôt animées malgré l'heure tardive (ou matinale, c'est selon) : qqs passants alcoolisés titubant, enseignes multicolores clignotant, taxis... Mais étonnamment pas une voiture de police. Le checkpoint est en fait 2km après la ville et gardé par un policier sans doute absorbé par la télé que l'on entend brailler. La corde qui sert de barrière est posée au sol, il n'y a qu'à rouler dessus, un jeu d'enfant. Pas un chien pour nous aboyer dessus. Nous pédalons dans la nuit et surtout dans le froid, emmitouflés dans nos doudounes, pieds et mains gelés. Une pause s'impose au bout d'une petite heure. Les 20km de montée au col se font en douceur, nous arrivons au sommet peu après le lever de soleil, la lumière est superbe, et la vue sur les sommets enneigés surplombant la vallée du Gar Tsampo (principal affluent de l'Indus) magnifique. Il suffirait de suivre cette vallée sur une grosse centaine de kms pour se retrouver en Inde, et encore un peu plus loin au Pakistan.



Il est temps d'attaquer la descente, que c'est bon de rouler sur l'asphalte. On fait une pause-sieste au soleil. Les pieds dégèlent peu à peu. Puis les kilomètres défilent. A ce rythme, on devrait arriver au Mont Kailash dans 3 ou 4 jours. Ce qui était un rêve devient peu à peu réalité. Je commence vraiment à y croire et me vois déjà à Lhasa ou à Kathmandou.

Km1120 (60km après Ali) - Un 4x4 arrivant en face freine brutalement devant nous. Un type accompagné d'une femme et d'un jeune garcon en sort et nous fait signe de nous arrêter. Encore un touriste qui veut nous photographier ? Il sort un insigne. “Ali PSB. Show me your passport and permit”. Aïe, ca sent le roussi. On joue les naïfs mais vu qu'il parle anglais, c'est plutôt dur de faire semblant de ne rien comprendre cette fois-ci.  Il met nos passeports dans la poche de sa veste. "Two come with me to Ali to buy permits, one stays here with the bicycles". Pierre et moi embarquons dans la jeep sans trop savoir si nous allons vraiment pouvoir acheter des permis pendant que Céline s'installe au bord de la rivière, sans trop savoir pour combien de temps... Une heure plus tard, coup de klaxon, un pick-up avec 2 policiers vient la récupérer ainsi que les vélos. "You're in trouble." Ca sent vraiment le roussi. On apprendra plus tard que ce type est en fait le responsable du bureau en charge des permis et des étrangers à la PSB d'Ali. Le croiser est synonyme d'expulsion...

Nous arrivons à Ali vers 5h du soir. Les bureaux de la PSB sont fermés, on nous conduit à l'hôtel. "You stay here, tomorrow you come to the PSB". Waouh, une vraie chambre chacun, chauffée, avec une vraie salle de bain, des WC et une douche (sans eau chaude, faut pas exagérer non plus). Tout ça aux frais de la princesse. Rendez-vous demain avec la police qui garde pour le moment nos passeports histoire d'éviter que nous disparaissions dans la nature. En attendant, nous profitons du confort et des douceurs de la ville, et trinquons autour d’une bière, à notre avenir incertain.


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